En France, les escroqueries sur les plateformes de vente entre particuliers ont bondi de 23 % entre 2023 et 2025, selon les données de la Direction centrale de la police judiciaire. Le Bon Coin, qui compte des dizaines de millions d’annonces actives, figure parmi les cibles privilégiées. L’arnaque exploitant Wero — l’application de paiement instantané qui a remplacé Paylib — s’y est particulièrement répandue, avec des montants détournés allant de 600 à plus de 3 080 euros en quelques minutes. Voici comment ce mécanisme fonctionne, et surtout, comment ne pas en être victime.
Comment fonctionne l’escroquerie Wero sur Le Bon Coin
Tout commence par un message d’apparence anodine. Un faux acheteur contacte le vendeur, exprime un enthousiasme immédiat pour l’article mis en vente — un drone à 800 euros, un meuble, peu importe — et présente de régler via Wero, souvent en invoquant un déplacement professionnel ou un séjour à l’étranger. Ce prétexte sert à justifier l’impossibilité d’un paiement en main propre.
L’arnaqueur envoie ensuite un SMS contenant un lien frauduleux, présenté comme une confirmation de virement Wero. Problème : Wero n’envoie jamais de SMS de confirmation pour recevoir un paiement. Cette étape n’existe tout simplement pas dans le fonctionnement réel de l’application. Le lien redirige vers un faux site reproduisant fidèlement les logos de Wero et des banques partenaires, parfois truffé de fautes d’orthographe discrètes. On y demande nom, prénom, numéro de téléphone, numéro de carte bancaire, date de validité et cryptogramme.
Si le vendeur hésite ou refuse, l’escroc rappelle en se faisant passer pour un technicien ou un conseiller du service client Wero, parfois même pour un faux conseiller bancaire. Certains vont jusqu’à demander à la victime d’augmenter son plafond de découvert à 2 500 euros, prétextant une procédure obligatoire. D’autres installent à distance des applications d’accès sur l’ordinateur de la victime pour prendre le contrôle de son interface bancaire.
Une fois l’accès obtenu, le mécanisme s’emballe :
- Un faux virement apparaît en positif sur le compte (souvent bien supérieur au montant attendu).
- L’arnaqueur prétend s’être trompé et demande un remboursement immédiat.
- Il exige des virements instantanés, des retraits en liquide, ou l’achat de tickets Transcash en bureau de tabac, dont il réclame une photo des codes.
- Des commissions fictives sont prélevées — 25,46 euros ici, 8,99 euros là, pour accréditer la réalité de la transaction.
Des victimes rapportent avoir perdu jusqu’à 2 530 euros en une seule session, avec des virements effectués en plusieurs étapes successives de 600, 1 000 puis 2 000 euros. Certains arnaqueurs utilisent des comptes Boursorama pour recevoir les fonds, affirmant à tort que ces comptes ne sont pas traçables — ce qui est faux, mais contribue à paralyser psychologiquement la victime.
Les signaux d’alerte pour déjouer la fraude
Quelques indices permettent d’identifier un acheteur suspect avant qu’il soit trop tard. Le profil présente souvent une inscription datant du jour même de la prise de contact, avec peu d’informations renseignées. Le numéro de téléphone peut sembler français (préfixe 06 ou 07) mais provenir d’une ligne étrangère usurpée.
| Signal d’alerte | Ce que cela signifie |
|---|---|
| Profil créé le jour même | Compte jetable, créé pour l’arnaque |
| SMS avec lien de « confirmation Wero » | Wero ne fonctionne jamais ainsi |
| Appel d’un « technicien Wero » | Wero ne contacte pas les vendeurs |
| Demande d’achat de tickets Transcash | Technique classique d’escroquerie |
| Menaces de gendarmerie ou d’accusations | Pression psychologique pour paralyser |
| Virement fictif « trop élevé » | Déclencheur du remboursement forcé |
La pression émotionnelle constitue l’outil central de ces escrocs. Ils deviennent agressifs ou menaçants dès que la victime doute, allant parfois jusqu’à simuler un appel à la gendarmerie en fond sonore. Cette mise en scène vise à provoquer la panique et à court-circuiter le raisonnement. Rester calme et raccrocher suffit régulièrement à mettre fin à la tentative.
Que faire en cas d’arnaque avérée ou de tentative
Si vous avez transmis vos coordonnées bancaires à un escroc, chaque minute compte. Contactez immédiatement votre banque pour faire opposition sur votre carte et bloquer tout virement sortant. Changez l’ensemble de vos mots de passe, notamment ceux de votre espace bancaire en ligne. Ne laissez jamais un tiers accéder à distance à votre ordinateur, même sous couvert d’une aide technique.
Sachez-le clairement : les banques refusent fréquemment le remboursement lorsque la victime a elle-même validé les opérations avec ses identifiants ou son code secret. Cette réalité, douloureuse, rend la prévention d’autant plus cruciale. Plusieurs victimes se sont retrouvées sans recours après avoir perdu 2 000 ou 3 080 euros.
Signalez ensuite l’incident à la Gendarmerie en portant plainte, même si le remboursement semble improbable. Cela alimente les bases de données des autorités et peut contribuer à démanteler des réseaux. Signalez également le profil frauduleux directement sur Le Bon Coin, qui a démontré sa capacité à bloquer rapidement les faux acheteurs dans plusieurs cas documentés.
Une dernière précaution souvent négligée : vérifiez toujours que les fonds sont effectivement créditésur votre compte bancaire avant toute expédition ou remise de l’article. Un virement « en attente » ou « en cours de traitement » ne constitue aucune garantie. Cette vigilance vaut autant pour la vente d’objets courants que pour des transactions plus importantes — pensez par exemple aux dons et transferts d’argent entre particuliers, dont les montants peuvent être conséquents et attirer l’attention des fraudeurs. Wero est un outil fiable quand on l’utilise directement dans l’application officielle — jamais via un lien reçu par SMS.
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